jeudi 29 octobre 2015

Mon nom est Dracula


Halloween semble se préparer de plus en plus tôt. J’ai donc décidé de prendre le diable par les cornes et de commencer dès janvier par une visite de courtoisie à ce cher Dracula.

Au cœur des terres roumaines et des sommets transylvaniens se dresse sa résidence principale. La Château de Bran. Pour y accéder, je vous le conseille plutôt en été. J’ai du gravir un chemin escarpé, glacé de manière relativement homogène. Arrivée à la cime de la montagne qui correspond à l’entrée du château, il a fallu que je me dépêche de m’accrocher à une balustrade car, entre le vent, la neige et les -15°C, j’ai cru que j’allais décoller sous forme congelée.

Dans le hall, je suis restée 10 bonnes minutes blottie contre la porte de la billetterie - le seul endroit chauffé - afin de pouvoir à nouveau mouvoir mes doigts et réajuster ma toque. Mon cher Comte, j’étais fin prête à enlever les clous de ton cercueil pour admirer ta cape.

J’ai parcouru toutes les pièces de ta demeure un peu trop grise à mon goût. Aussi, je ne sais pas comment tu fais, mais je me les suis pelées, dans ton château ! Pense au chauffage central, ça peut être très attractif. Quoi qu’il en soit, je ne t’ai pas trouvé. Peut-être étais-tu de voyage en Angleterre histoire de te brûler la peau (tu n’as pas besoin de beaucoup de soleil pour ça). J’étais un peu triste, ça m’en a presque enfoncé un pieu au cœur.

Ou tu étais parti te brosser les canines dans un de tes passages souterrains bien sombres - je soupçonne le puits de la cour d’en être une entrée. C’est bête, parce qu’ayant mastiqué trois gousses d’ail par superstition avant de venir, on aurait pu jouer à qui sent le plus mauvais.

J’aurais tellement aimé que tu me dises « Mon nom est Dracula » avec le même accent que dans le film de Coppola… Je suis très déçue. Pense à te présenter la prochaine fois, vieille canaille! On trinquera à ta santé. Je vérifierai quand même l’étiquette de la bouteille si tu ne m’en veux pas, parce que le sang, même millésimé, c'est pas trop mon truc.

Dracula, sors de ta cachette, c'est Halloween!!!


mardi 6 octobre 2015

Moulin à paroles


-   Je…

-   Et tu…

-   Mais…

-   Non, mais…

-   Tu sais…

-   Ah et…

-   Mmmm…

-   Enfin, c’est pas…

-   Si pour…

-   Pas exactem…

-   …

-   …

-   …

-   Je pourrai en placer une un jour ?????????????!!!!!!!!!!!!!!!!!

Café serré explosif ou inventif?

mardi 22 septembre 2015

Le chevalier périmé


Il y a le personnage principal, le chevalier, et puis il y a son objectif, la belle princesse. Notez qu’on pourrait être moins sexiste et parler de chevalière (pas la bague) et de prince ou alors de chevalier qui va chercher son prince ou encore de chevalière (toujours pas la bague) qui court après sa princesse. Mais soyons simple et restons dans un schéma traditionnel pour l’explication. La tradition, ça marque et ça fout les boules.

Le chevalier veut donc rejoindre la belle Guenièvre à tout prix, qu’importe le déficit dans lequel l’enferrent les crédits émeraudes.

Le problème, c’est qu’il y a plein de portes fermées devant lui. Les vilains obstacles.

Sur son beau cheval blanc qui broute le gazon royal en sifflant High by the Beach1, il réfléchit. Pour une fois, ça lui fait du bien. Il réfléchit et se dit « Mais comment vais-je faire pour retrouver ma belle et tendre ? ». Il a déjà du tâter sa peau de pêche. Désolé tradition.

C’est là qu’intervient le premier adjuvant : Bibi le Hérisson. « Hé Ken, je sais pas ce que tu branles à glandouiller en rond sur ton canasson, mais c’est tout droit ».

Le chevalier ouvre grand les yeux croyant au miracle (là, il a oublié qu’il était capable de réfléchir), lance son bel étalon qui ne court plus tellement droit depuis sa petite snifette et défonce toutes les portes sauf la dernière.

Le cœur entr’ouvert, les yeux exorbités et les jambes flageolantes, il se trouve légèrement mal en point. Avant d’atterrir dans les bras de sa belle et d’offrir son plus beau sourire aux photographes, il se dit qu’il a besoin d’un petit masque au bleuet, fleur fort courante dans la région.

Requinqué du museau et la mèche rebondie, il franchit la dernière porte tel un héros moderne, le torse bombé et luisant. Mais la belle Guenièvre s’est lassée du jeu méritocratique entre-temps et est partie avec un duc espagnol faire bronzer ses rubis à Ibiza.

A ce moment-là, Bibi le Hérisson fait son come-back. Il accourt sur ses petites pattes en tendant au chevalier la clé jetable du chemin vers Adélaïde et le réconforte : « Une de périmée, dix à consommer ».

Le bleuet ayant renforcé jusqu’à son armure qu’il ne peut plus enlever, le chevalier part butiner à gauche et à droite avec un allant à date de péremption jusqu’à ce que la fleur anesthésie toutes ses chairs et qu’il cherche une substance pour combler son manque affectif. Désormais, il erre seul dans son halo bleuté en se demandant quelle porte franchir. On l’entend parfois dans ses délires : « Bibi... psssss... Bibi, t’es où ? ».

1 Lana del Rey

Roman de portes, de chevaliers et de hérissons, Moyen-Age actuel

mercredi 16 septembre 2015

La trompette à roulettes

Quand la chaleur a commencé à envelopper nos paupières, j’ai trouvé une trompette à roulettes délaissée sur le sable ocre. Je lui ai proposé de me suivre et elle est venue. Nous avons grelotté ensemble sur les pavés de ces villes plus anciennes que l’Histoire oubliée.

Au passage, j’ai vu des affiches de dictatures révolues avec leurs carapaces roulantes écraser ces mêmes pavés. Dessus, des armes partout. Plus de têtes. Des prolongements de carapaces. Un bruit infernal. Des hommes et des femmes à terre. Une montagne humaine. Puis, des hommes et des femmes debout. Pas de carapace sur la tête, mais, dans les yeux, la fierté et le soulagement.

Quelques regards curieux sur ces affiches. Beaucoup de passage autour.

Ma trompette m’a emmenée ailleurs.


À la fin de l’été, elle a poussé quelques notes me demandant si tout ça, c’était vraiment si loin, et m’a éjectée. Je me suis retrouvée les deux pieds sur terre.

c'est un jazz triste qui te roule dessus

lundi 7 septembre 2015

Activité travail ou La rentrée

Les vacances se sont interrompues brusquement. Comme ça. Sans préparation aucune. Bien sûr, je connaissais la date précise, mais la reprise, c’est comme tous les lundi : brutal. Alors j’ai décidé de considérer le travail comme une activité originale sur le même plan que le yoga, l’arrosage de cactus ou l’apéro entre amis. Franchement, si l’on regarde les choses en face, faire les courses n’est pas beaucoup plus amusant.

Le programme de l’activité travail est vaste.

À la moindre occasion, j’étire ma colonne en pensant que mon soleil intérieur ne doit pas être froissé. Il brille tellement qu’il va illuminer cet environnement hostile. Je garde la position quelques minutes en souriant aux palmiers de mon fonds d’écran.

Je préserve la plénitude de mon bureau en jetant automatiquement tout papier qu’on me donne. Encore plus quand il est inscrit « confidentiel ». Je suis trop respectueuse pour y jeter un œil.

Sous prétexte de l’urgence d’un message à faire passer, je me lance dans des foulées oxygénantes le long des couloirs.

Quand le téléphone sonne, j’augmente le volume sonore de ma playlist « Vacances forever », ce qui créé un mix dont je sais apprécier la juste valeur.

Je m’adonne régulièrement à un atelier créatif. Par exemple, j’ai redonné de l’énergie aux lignes préenregistrées sur mon téléphone en collant des post-it de couleur sur les noms correspondants. Une fois fini, je me suis aperçue que j’avais attribué la même couleur à tous les gens que je détestais. J’ai du recommencer histoire de rester sous couvert de ma diplomatie apparente. Ce fut un atelier intense.

Dans l’ensemble, ça fonctionne pas mal.

Le seul hic serait la durée de l’activité, parce qu’ajoutée à toutes les autres, j’ai carrément besoin de nouvelles vacances au bout de deux semaines.
Playlist "Vacances forever"


vendredi 7 août 2015

Les pieds dans l'eau


Paris, c'est génial en août.

Déjà, il y a moins de monde. En général. Parce que, dans mon quartier, je ne vois pas de différence en terme de densité de population. Ils doivent être trop fauchés pour se payer des vacances.

Paris, c'est génial en août parce qu'il y a le soleil, la chaleur et la mer.

Le soleil et la chaleur

Je ne vous rappelle pas vos nuits difficiles à trouver le sommeil ou vos journées à bronzer sur la terrasse du bureau en répétant aux clients que "août est un mois très compliqué, il y a un tas de choses à préparer pour la rentrée".

Mais la mer?
Oui, la mer! De l'eau quoi.

J'ai vu deux personnes en maillot de bain sauter dans le canal de l'Ourcq depuis une passerelle. Ils ont mis un petit temps à se décider. Tout un attroupement s'était formé sur le quai et attendait, d'une, leur saut, de deux, leur remontée à la surface, sans doute pour constater quel herpès ils avaient chopé.

Pour aller à la mer sans bouger, j'ai trouvé une super technique. Une autre. Plus sûre. Je remplis une bassine d'eau froide. Au vu de la température de l’eau, je n’ai aucune envie de me baigner plus que les doigts de pieds. En fermant les yeux, je me croirais en Bretagne. Pour accentuer le côté réel, j'ai même acheté un petit poisson que j'ai laissé en liberté dans son 30cm2 aquatique. Ce qui est bien, c'est qu'il fait ma pédicure en même temps que je trempe mes extrémités. Je referme les yeux. Ce bruit… Ce ne serait pas une rafale de sable qui s’abat sur la couverture de mon livre ? Ah non, c’est mon rideau de douche qui s’est décroché et me tombe dessus.

Dans ma salle de main à moi, il y a la mer
 Le petit poisson, dans l'eau, tourne en rond

lundi 13 juillet 2015

Pique-nique mania


Il fait beau. Il fait chaud. Il n’y a plus personne dans la place.
Je décrète la saison des pique-niques ouverte. Et même bien entamée.

La plupart des Parisiens sont partis s’échauffer la peau en bord de mer. Passer plus d’une heure à se prélasser dans un même lieu public autre que le travail devient donc envisageable. Les 40° à l’ombre ne font qu’augmenter cette envie de rester à l’air libre, un seul espoir en tête : que la brise vienne nous faire la bise.

Selon les groupes d’amis et les habitudes, j’erre du Champ-de-Mars au Quai de Loire, en passant par l’Île de la Cité et tous les lieux où il y a au moins une marre ou de l’herbe. Il arrive aussi que j’échoue en terrasse, faute d’avoir cherché un supermarché ouvert à temps. Il ne faut pas oublier : on est en France. Sur 640 679m2, 3 supermarchés sont ouverts jusqu’à minuit. Donc si tu n’es pas dans le bon quartier et qu’il est 20h passé, autant rentrer manger des pâtes chez toi.

Justement, en parlant de ce qu’on amène à un pique-nique, il se passe quelque chose d’étrange. Quand bien même je m’essaie à la mode « déjeuner sur l’herbe » avec des personnes différentes (pique-niquer avec les mêmes amis à chaque fois perd en exotisme), je me sens obligée de varier ma participation. Fini le temps où tout le monde amenait un paquet de chips et une bouteille de rouge. Maintenant, il faut préparer (préparer ??!!!) une salade à je ne sais quoi ou alors un cake à truc machin chose. Je me suis même surprise à emporter une bouteille de champagne au dernier pique-nique avec un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps, bouteille qui a évidemment explosé au moment de l’ouvrir, pile devant la Samaritaine. Je devrais peut-être revenir aux chips - vin rouge.

Après avoir dégusté la salade de poulpe, on allait entamer quelque chose de normal oublié au fond du sac - genre tomates cerise - quand l’orage a éclaté. C’était parfait, on n’avait pas pensé à l’eau.

La nature fait si bien les choses que, la prochaine fois, avant de sortir pique-niquer, je lui demanderai une livraison à domicile.

Mangez-moi, mangez-moi
 Tous les soirs, non loin de la Seine