mercredi 16 septembre 2015

La trompette à roulettes

Quand la chaleur a commencé à envelopper nos paupières, j’ai trouvé une trompette à roulettes délaissée sur le sable ocre. Je lui ai proposé de me suivre et elle est venue. Nous avons grelotté ensemble sur les pavés de ces villes plus anciennes que l’Histoire oubliée.

Au passage, j’ai vu des affiches de dictatures révolues avec leurs carapaces roulantes écraser ces mêmes pavés. Dessus, des armes partout. Plus de têtes. Des prolongements de carapaces. Un bruit infernal. Des hommes et des femmes à terre. Une montagne humaine. Puis, des hommes et des femmes debout. Pas de carapace sur la tête, mais, dans les yeux, la fierté et le soulagement.

Quelques regards curieux sur ces affiches. Beaucoup de passage autour.

Ma trompette m’a emmenée ailleurs.


À la fin de l’été, elle a poussé quelques notes me demandant si tout ça, c’était vraiment si loin, et m’a éjectée. Je me suis retrouvée les deux pieds sur terre.

c'est un jazz triste qui te roule dessus

lundi 7 septembre 2015

Activité travail ou La rentrée

Les vacances se sont interrompues brusquement. Comme ça. Sans préparation aucune. Bien sûr, je connaissais la date précise, mais la reprise, c’est comme tous les lundi : brutal. Alors j’ai décidé de considérer le travail comme une activité originale sur le même plan que le yoga, l’arrosage de cactus ou l’apéro entre amis. Franchement, si l’on regarde les choses en face, faire les courses n’est pas beaucoup plus amusant.

Le programme de l’activité travail est vaste.

À la moindre occasion, j’étire ma colonne en pensant que mon soleil intérieur ne doit pas être froissé. Il brille tellement qu’il va illuminer cet environnement hostile. Je garde la position quelques minutes en souriant aux palmiers de mon fonds d’écran.

Je préserve la plénitude de mon bureau en jetant automatiquement tout papier qu’on me donne. Encore plus quand il est inscrit « confidentiel ». Je suis trop respectueuse pour y jeter un œil.

Sous prétexte de l’urgence d’un message à faire passer, je me lance dans des foulées oxygénantes le long des couloirs.

Quand le téléphone sonne, j’augmente le volume sonore de ma playlist « Vacances forever », ce qui créé un mix dont je sais apprécier la juste valeur.

Je m’adonne régulièrement à un atelier créatif. Par exemple, j’ai redonné de l’énergie aux lignes préenregistrées sur mon téléphone en collant des post-it de couleur sur les noms correspondants. Une fois fini, je me suis aperçue que j’avais attribué la même couleur à tous les gens que je détestais. J’ai du recommencer histoire de rester sous couvert de ma diplomatie apparente. Ce fut un atelier intense.

Dans l’ensemble, ça fonctionne pas mal.

Le seul hic serait la durée de l’activité, parce qu’ajoutée à toutes les autres, j’ai carrément besoin de nouvelles vacances au bout de deux semaines.
Playlist "Vacances forever"


vendredi 7 août 2015

Les pieds dans l'eau


Paris, c'est génial en août.

Déjà, il y a moins de monde. En général. Parce que, dans mon quartier, je ne vois pas de différence en terme de densité de population. Ils doivent être trop fauchés pour se payer des vacances.

Paris, c'est génial en août parce qu'il y a le soleil, la chaleur et la mer.

Le soleil et la chaleur

Je ne vous rappelle pas vos nuits difficiles à trouver le sommeil ou vos journées à bronzer sur la terrasse du bureau en répétant aux clients que "août est un mois très compliqué, il y a un tas de choses à préparer pour la rentrée".

Mais la mer?
Oui, la mer! De l'eau quoi.

J'ai vu deux personnes en maillot de bain sauter dans le canal de l'Ourcq depuis une passerelle. Ils ont mis un petit temps à se décider. Tout un attroupement s'était formé sur le quai et attendait, d'une, leur saut, de deux, leur remontée à la surface, sans doute pour constater quel herpès ils avaient chopé.

Pour aller à la mer sans bouger, j'ai trouvé une super technique. Une autre. Plus sûre. Je remplis une bassine d'eau froide. Au vu de la température de l’eau, je n’ai aucune envie de me baigner plus que les doigts de pieds. En fermant les yeux, je me croirais en Bretagne. Pour accentuer le côté réel, j'ai même acheté un petit poisson que j'ai laissé en liberté dans son 30cm2 aquatique. Ce qui est bien, c'est qu'il fait ma pédicure en même temps que je trempe mes extrémités. Je referme les yeux. Ce bruit… Ce ne serait pas une rafale de sable qui s’abat sur la couverture de mon livre ? Ah non, c’est mon rideau de douche qui s’est décroché et me tombe dessus.

Dans ma salle de main à moi, il y a la mer
 Le petit poisson, dans l'eau, tourne en rond

lundi 13 juillet 2015

Pique-nique mania


Il fait beau. Il fait chaud. Il n’y a plus personne dans la place.
Je décrète la saison des pique-niques ouverte. Et même bien entamée.

La plupart des Parisiens sont partis s’échauffer la peau en bord de mer. Passer plus d’une heure à se prélasser dans un même lieu public autre que le travail devient donc envisageable. Les 40° à l’ombre ne font qu’augmenter cette envie de rester à l’air libre, un seul espoir en tête : que la brise vienne nous faire la bise.

Selon les groupes d’amis et les habitudes, j’erre du Champ-de-Mars au Quai de Loire, en passant par l’Île de la Cité et tous les lieux où il y a au moins une marre ou de l’herbe. Il arrive aussi que j’échoue en terrasse, faute d’avoir cherché un supermarché ouvert à temps. Il ne faut pas oublier : on est en France. Sur 640 679m2, 3 supermarchés sont ouverts jusqu’à minuit. Donc si tu n’es pas dans le bon quartier et qu’il est 20h passé, autant rentrer manger des pâtes chez toi.

Justement, en parlant de ce qu’on amène à un pique-nique, il se passe quelque chose d’étrange. Quand bien même je m’essaie à la mode « déjeuner sur l’herbe » avec des personnes différentes (pique-niquer avec les mêmes amis à chaque fois perd en exotisme), je me sens obligée de varier ma participation. Fini le temps où tout le monde amenait un paquet de chips et une bouteille de rouge. Maintenant, il faut préparer (préparer ??!!!) une salade à je ne sais quoi ou alors un cake à truc machin chose. Je me suis même surprise à emporter une bouteille de champagne au dernier pique-nique avec un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps, bouteille qui a évidemment explosé au moment de l’ouvrir, pile devant la Samaritaine. Je devrais peut-être revenir aux chips - vin rouge.

Après avoir dégusté la salade de poulpe, on allait entamer quelque chose de normal oublié au fond du sac - genre tomates cerise - quand l’orage a éclaté. C’était parfait, on n’avait pas pensé à l’eau.

La nature fait si bien les choses que, la prochaine fois, avant de sortir pique-niquer, je lui demanderai une livraison à domicile.

Mangez-moi, mangez-moi
 Tous les soirs, non loin de la Seine

lundi 15 juin 2015

Température


Avec les degrés qui s'accumulaient, je coupais les centimètres de tissu qui couvraient mon corps, je chaussais mes écrans noirs, et plongeais dans mes nu-pieds.


En marchant, je donnais mon sourire au soleil et ma peau à dépâlir.
Je buvais des litres d'eau.
J'écourtais mes nuits pour m'enivrer de la douceur nocturne.
J'étais prête.
Oui, j'étais prête pour une course de chameau à flan de dune à braver sable, brûlure et sirocco. Une course à résistance de bosses. Une course mirage.

Et puis, j'ai senti quelques grosses gouttes de pluie.
De plus en plus de gouttes, précipitées les unes sur les autres.

Un rideau de gouttes.


Je me suis retrouvée en mini short trempé en terrasse. Dégoulinante de la tête aux pieds.

Chameau à bosses, mirage de dunes
 Après l'orage, je ne rêve plus tellement d'oasis

mardi 26 mai 2015

En charge


Trois jours à dormir, jardiner, courir, faire du vélo, feuilleter des magazines, se peinturlurer les ongles, boire du Bourgogne tout en dégustant de la viande du cru, respirer l’air pur, s’aérer les neurones, bouger, buller, bouger, buller, bouger, buller. Tiens… Un petit praliné par-là… Mmmmmmmmmm

Et si j’allais partager des confidences avec les fanes de radis dans un coin du potager? Les poules, un peu moins fort s’il vous plaît, on ne s’entend plus chuchoter! Oh! Une double-libellule !!!! À mieux y regarder, je crois que ce sont deux libellules en pleine action…

Ça y est, je le sens, mon cerveau s’est mis en mode yoga fumette de chamallows.

attention ça bout!

vendredi 1 mai 2015

Un vrai poisson breton


Pâques et son week-end de trois jours, je rends visite à mon ami Poissonou the Fish en Bretagne.

J’arrive sur le port et repère la pointe de son bonnet frétillant au gré de la houle sur sa peau tannée de marin.

Après une embrassade qui sent le plancton, nous nous promenons au fil des années et des marées, gommage de la plante des pieds au sable fin en prime. Derrière son air de vieux loup de mer, il me livre une multitude d’anecdotes dont certaines lui tirent un sourire de sacré coquin. C’est comme ça qu’on s’est toujours compris, Poissonou et moi.

En passant devant le fumoir de haddocks, Poissonou se laisse emporter par le parfum du souvenir des fumeries d’opium de Saïgon et ses années de bourlingue au large. Depuis, c’est le monde qui vient à lui, les courants ramenant dans les baies leur lot de trésors.

Mes cheveux s’accordent un brushing aux quatre vents. L’air me farde les joues. L’iode me requinque les poumons. J’écoute ce capitaine des voiles me raconter comment il grimpe de rocher en rocher, porté par les vagues, sans filet de sauvetage. La température de l’océan lui palpite les écailles, mais il tient le cap. Un poisson breton, c’est pas fait en chocolat d’eau douce.

Littéralement saoulée par l’air, je me sens sabordée par un sérieux coup de barre. Il m’entraîne manger une crêpe aux pommes caramélisées au beurre salé et flambée au lambig, le tout accompagné d’une énième bolée de cidre depuis mon arrivée.

Pour digérer, il plonge près de la roche, se laisse un peu tanguer à la surface et file saluer ses amis homards. Je le vois disparaître à travers l’écume et lui glisse un dernier clin d’œil avant de m’éloigner.

L'activité du port, où les bonnets jaunes sont essentiels